Une noyade dans le brouillard : un livre pour sortir du silence

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À 32 ans, dix ans après avoir tenté de se suicider, Lucie Trahan sort de l’ombre et couche sur papier l’histoire de son adolescence. À travers Jade, un personnage fictif dont la vie s’inspire grandement de la sienne, Lucie exprime les sentiments de profonde détresse et tente de faire comprendre qu’il ne faut pas souffrir en silence.

Un passé trouble
Ayant elle-même frôlé la mort à 22 ans, le phénomène du suicide a toujours interpellé et interpelle encore aujourd’hui grandement Lucie Trahan. Son adolescence et sa vie de jeune adulte ont été parsemées de profondes tristesses, d’anxiété, de dépression, de remise en question, et de consommation d’alcool et de drogues. Déjà, à l’époque, et même toute petite, c’était à travers l’écriture qu’elle réussissait à surmonter le mal qui la rongeait de l’intérieur.
Plus tard, Lucie devient éducatrice spécialisée auprès d’adolescents en difficulté. Après plusieurs années, son travail pèse lourd sur sa personnalité hypersensible. L’écoute des jeunes à travers leurs problèmes la replonge constamment dans son mal-être.
Son travail est tellement lourd, qu’un jour, tout chavire. Totalement épuisée, vidée, elle reçoit en 2013 un diagnostic de burnout et cesse de travailler.
Son congé lui a ouvert les yeux : écrire un livre traitant de suicide serait désormais, pour elle, sa façon d’intervenir auprès des autres. En décembre 2016, elle autopubliait son roman, tiré de son histoire personnelle légèrement romancée et agrémenté de poèmes criants rédigés dans ses années sombres.
Depuis, Lucie n’a jamais retravaillé comme éducatrice spécialisée. Elle est désormais photographe amateur et a un travail qui la rend heureuse et qui lui permet parfois de travailler de la maison.

Une société du silence
Le but du roman Une noyade dans le brouillard n’est pas de sauver les gens, mais bien de les outiller en leur faisant comprendre qu’ils ne sont pas seuls et qu’il faut en parler. Le message de Lucie Trahan est poignant : « cessons de faire semblant que le suicide n’existe pas, que les gens qui souffrent de dépression sont faibles, que ce n’est qu’un état passager et qu’ils seront capables de se relever seuls ! Cessons aussi de les pointer du doigt et de les enfermer dans le silence ».
Elle poursuit avec vigueur : « suite à l’écriture de mon livre, je suis allée frapper aux portes de quelques organismes communautaires afin de savoir s’ils étaient intéressés à avoir un exemplaire du roman dans leur établissement pour ainsi aider des gens à se relever. Plusieurs centres tels que des CLSC et des maisons de jeunes m’ont tout simplement répondu qu’ils préféraient ne pas traiter de ce sujet. Cette réponse est inquiétante… ».
Selon le site Web de l’Association québécoise de prévention du suicide, « chaque jour, trois Québécois s’enlèvent la vie. En 2014, 1125 personnes sont décédées par suicide ».1

Un message d’espoir
Arborant chandails et tatouages où on peut y lire Life, l’écrivaine est désormais rétablie et s’estime heureuse d’être une survivante. « Nous sommes sur terre pour une raison, pour apporter quelque chose à la société. Avec mon livre, je deviens en quelque sorte la voix pour ceux qui se sont suicidés et une voie pour ceux qui ont actuellement des idées noires », ajoute-t-elle.
Au final, le brouillard finit toujours par se dissiper.
Pour commander un livre, visitez la page Facebook: www.facebook.com/messagesducoeur

Source :
1- Association québécoise de prévention du suicide, www.aqps.info

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