Je ne suis pas Carrier

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Non je ne suis pas Carrier, mais Dieu sait que j’aimerais l’être. Dieu sait que j’aimerais avoir, en moi, ce naturel don de soi, d’entraide, de présence aux autres. Moi qui me sens coupable sans bon sens de manquer une partie de soccer ou de rugby de mes enfants, je ne m’imagine pas passer Noël sans eux, même si c’est pour une noble cause comme celle qui était la leur. Pas que nos Noëls soient si extraordinaires ni magiques, juste parce que je suis trop moumoune pour manquer à ce qui « paraît bien dans un c.v. de maman ».

Oh oui, j’aimerais être Carrier et comprendre que ma famille ne se limite pas à ceux qui vivent entre les quatre murs de ma maison, que ma famille a toutes les couleurs et vit partout dans le monde et que cette famille élargie a tout autant, en fait tellement plus de besoins à combler que ma famille proche.

Oh ! que je voudrais avoir en moi cette générosité qui permet de s’oublier pour mieux donner matériel et espoir, pour voir plus loin que la prochaine semaine, pour savoir que le geste posé ailleurs, aujourd’hui, aura des répercussions sur la vie de centaines de personnes, et ce, pour des générations. Je me sens si petite (oui, moi) à côté de la grandeur de ces gens, de tous les Carrier, peu importe leur nom de famille, tous ceux dont le départ laisse un trou immense dans les cœurs de leurs vraies familles, bien sûr, mais aussi dans celui de leurs familles du bout du monde, et dans le cœur d’inconnus du monde entier. Ceux dont on a l’impression, justifiée, que leur départ fait mal à l’humanité dans ce qu’elle a de plus humain. Ceux dont le départ, tout aussi douloureux qu’il soit, allume une flamme de bonté qui nait dans la noirceur de l’horreur. Un désir de faire comme eux, d’être comme eux, une admiration devant la bonté et l’oubli de soi. Un désir d’être meilleur nous aussi et de faire des choses qui  « changent les choses pour vrai. »

Dans la peine et les larmes, dans l’incompréhension et la colère face à l’injustice, dans ce brouhaha médiatique, nait une lueur qui devient flamme, qui grandit pour devenir feu, une lumière plus forte que les ténèbres qui devient phare, guide, pour ceux et celles qui veulent maintenant faire, eux aussi, du bien, et faire, eux aussi une différence. Pas par désir d’être reconnus ni encensés, par pur désir de donner plus de sens à la vie dans des endroits où des milieux où le sens semble avoir été oublié.

Que ce soit ici, ou là-bas, ou ailleurs, la meilleure façon d’honorer les Carrier, Chabot, Bernier, c’est de faire de la place, dans nos vies, pour l’ouverture à l’autre, pour la bonté, la générosité. Faire le bien, faire DU bien, écouter, être là, bouger, essayer de changer petites et grandes choses. Au-delà du respect que ça inspire aux autres, être Carrier nous inspirera, je le crois profondément, notre propre respect de nous-mêmes. S’il vous plaît, essayons d’être Carrier. J’aimerais terminer en offrant mes plus sincères condoléances à tous les proches de ces six êtres extraordinairement eux-mêmes.

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À propos de l’auteur

Mi-quarantaine, diplômée de l'Université Laval en communications et relations publiques il y a un ou deux siècles (on utilisait des dactylos pour taper nos travaux!), mariée et en amour depuis 20 ans, mère de deux ados capables d'être aussi adorables que désagréables (c'est dire à quel point ils peuvent être adorables), j'ai toujours été une passionnée des mots et, depuis un an, vole de mes propres ailes avec ma petite entreprise de communications, rédaction et traduction. J'ai le privilège de pouvoir partager avec les lecteurs et lectrices de l'Écho du Lac, chaque mois, une tranche de ma vie ou une de mes montées d'humeur...ou d'hormones. N'hésitez pas à entrer en contact avec moi si mes billets vous interpellent.